Un mauvais rêve …

C’est une très belle nuit du printemps 2011, et pourtant, un professeur d’économie de l’Université de Paris-Dauphine fait un mauvais rêve …

Il rêve qu’en corrigeant ses copies à l’occasion d’un examen, il trouve dans l’une d’entre elles la phrase suivante :
« Il n’est pas juste que les actionnaires d’une entreprise touchent la totalité des profits. »
Puis, un peu plus loin, une phrase de ce genre :
« Je voudrais qu’on imagine un système qui fait qu’au moment où on augmente les dividendes, les salariés en aient aussi une partie. »

Le professeur se questionne : Quelle note dois-je donner à l’auteur de telles affirmations ? Sans l’ombre d’un doute, un zéro pointé, car il est absolument évident que cet étudiant n’a rien compris aux fondements de l’économie, dont les bases sont pourtant aussi simples que pertinentes.
Rappelons-les un instant :

Le salarié, en contrepartie du travail qu’il réalise, a droit à un salaire stable, indépendamment des résultats de l’entreprise.
L’épargnant (actionnaire), en contrepartie de l’argent qu’il apporte, a droit à des intérêts (dividendes), qui eux, sont totalement dépendants de la conjoncture, des résultats, mais également des investissements futurs à provisionner. Il arrive donc même fréquemment que ce dividende soit égal à zéro !

Cet étudiant semble en outre omettre que pour de nombreuses entreprises familiales, le dividende est la seule rémunération, de plus aléatoire, du chef d’entreprise.

Vouloir rémunérer les salariés par les dividendes est donc à  la fois un mélange des genres, et un non-sens économique !

Il serait d’ailleurs tout aussi absurde de commettre le sophisme symétrique consistant à dire « Si les salariés perçoivent un salaire, c’est grâce aux investisseurs (actionnaires) qui ont permis à l’entreprise de naître, de se développer et de créer des emplois… Ne serait-il donc pas juste que ces investisseurs perçoivent également une partie de ces salaires ? »

En bien non ! Pour que l’économie fonctionne, il y a obligatoirement un partage des tâches et des rémunérations correspondant à la fois à la justice et à l’efficacité.

Aussi, répétons-le encore, le salaire revient aux salariés et à personne d’autre, et le dividende aux actionnaires.

Mais brutalement le réveil retentit… Sortant de son rêve, le professeur s’aperçoit avec stupéfaction que les propos de cet étudiant… sont en fait ceux qui ont été tenus au sommet de l’Etat !

Et son effroi s’accroît quand il prend conscience, de l’étendue de cette méconnaissance des phénomènes économiques, avec pour révélateur, cette prime contre-nature.

A ce propos, imaginerait-on, demain, fixer les rémunérations des salariés de la Caisse d’Epargne,  en fonction du taux de rémunération du livret A ?  Bien sûr que non !

C’est pourtant exactement ce que nous propose le gouvernement pour les salariés du privé : Adapter leurs rémunérations (via une prime), sur l’évolution du taux du dividende.

En inventant cette prime obligatoire pour les entreprises qui augmentent leurs dividendes, une fois encore, la France  innove et se distingue, en réalisant ce qu’aucun autre pays monde ne voudrait faire… car en plus de son aberration économique, ce mécanisme est profondément injuste tant pour les salariés, que pour les actionnaires et entrepreneurs.

Pour les salariés tout d’abord, car ce dispositif fera qu’une entreprise réalisant de gros bénéfices, mais ne versant pas ou peu de dividendes à ses actionnaires (un cas de figure beaucoup plus fréquent qu’on croit !), ne donnera pas cette prime à ses salariés.

De plus, lorsqu’elle existera, cette prime sera à l’évidence intégrée dans les discussions salariales et sera soustraite aux augmentations salariales, comme le déplorent avec beaucoup de justesse les syndicats.

Et durant le même temps, les salariés du secteur public ne percevront pas un centime de ce dispositif,  l’état n’étant généreux qu’avec l’argent des autres…

Mais cette prime est également toxique pour les entrepreneurs et actionnaires :

En effet pourquoi créer, prendre des risques – y compris le risque de faillite – si dans le cas ou l’activité pourrait être profitable, ils voyaient leur part légitime confisquée ?

Enfin cette prime comporte de nombreux effets pervers :

Ainsi, une entreprise n’ayant pas versé de dividendes depuis longtemps et qui décide en sortie de crise d’un dividende de 2% (soit moins qu’un livret A !) serait astreinte à verser une prime à laquelle échapperait une autre entreprise qui distribue un dividende stable de 5 % !

Plus grave encore, une entreprise ayant gardé une forte base industrielle en France (Peugeot), sera par cette prime pénalisée vis-à-vis de celle qui a largement délocalisé (Renault).
Cette prime devient alors un instrument encourageant les délocalisations …

Au final, nous voyons à quel point ce dispositif d’une totale aberration, est aussi dangereux qu’injuste. Il n’apportera aucune garantie réelle de revenus supplémentaires aux salariés, et nuira à l’actionnariat pourtant indispensable à l’investissement et à la création d’emploi.

C’est pourquoi, j’aurai sincèrement préféré que l’on opte pour un développement de l’épargne salariale (intéressement), ou tout simplement, pour une augmentation des salaires, lorsque la santé des entreprises considérées le permet.

Jean-Christophe Destailleur

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